Portrait : Mathieu Grébille, Arrière gauche, 1m98, 94kg
10/10/2012

Peux-tu te présenter ? Tu viens d’où ? Je suis originaire de Martinique. Je suis né à Paris. Je suis parti à l’âge de 7 ans avec ma mère en Martinique. J’ai donc passé 10 ans là-bas.

Le hand est venu quand ? Mon père est rugbyman. J’ai été baigné dans le sport depuis tout jeune. J’ai fait beaucoup de sport et des sports très différents. Chaque jour, je faisais un sport différent lorsque j’étais jeune. Arrivé en Martinique, j’ai fait pas mal d’athlétisme, du javelot et du saut en hauteur. J’ai continué l’athlétisme jusqu’en cadet (donc jusqu’à 16 ans). J’ai même fini vice champion de France cadet.

Et donc le hand…

Ensuite, j’ai voulu faire du basket. Malheureusement, là-bas, le sport n’est pas trop développé. Mon oncle, guadeloupéen, faisait du handball. A partir du CM2, j’ai décidé de faire un sport collectif et j’ai décidé d’aller vers cette voie.

Tu faisais donc 2 sports en parallèle ?
Tout à fait. Mon père me disait de continuer les 2 car ça allait me servir. Je l’ai écouté. Pour ma part, je préférais le hand car c’est un sport collectif et je m’éclatais plus dans ça. Donc, par la suite, je me suis perfectionné en hand.

Tout le monde t’a suivi quand tu es arrivé à Montpellier ? Non, ils sont tous restés là bas. Je suis seul ici (sourires).

Comment es-tu arrivé à Montpellier ?
J’étais en Pôle espoir handball en Martinique à partir du lycée. Lors de la seconde année, j’ai été surclassé et j’ai joué avec les séniors. Ca c’est plutôt bien passé pour moi. L’entraineur du pole m’a dit qu’il vallait mieux que je parte si  je souhaitais progresser. J’étais un peu sceptique de partir l’année du bac. J’ai donc indiqué que si je souhaitais partir si c’était pour Montpellier. Pour moi, c’était le meilleur club de France.

Mon entraineur a donc envoyé un courrier au club pour leur expliquer ma situation. J’avais 16 ans à l’époque. La suite, j’ai fait mon premier stage avec l’équipe de France jeunes en France. Je venais souvent un peu plus tôt que les autres (à cause du décalage horaire). J’ai eu l’opportunité de rencontrer un ami de Patrice Canayer lors de mes allers/retours. J’ai donc parlé beaucoup avec lui et Patrice m’a demandé de venir m’entrainer avec Montpellier pour m’évaluer. En février 2008, je suis venu à Montpellier. J’ai vu comment ça allait se passer. Je me suis entrainé 2 fois avec l’équipe et le staff montpelliérain m’a indiqué leur souhait de m’intégrer au centre de formation. J’ai donc dit ok.

Quand as-tu signé ton contrat pro ?
Cette saison après avoir passé 4 ans au centre de formation. Normalement, nous devons intégrer le centre de formation à la sortie du lycée. Pour ma part, je l’ai intégré lors de mon année de terminale au lycée Jean Mermoz.

Au niveau de tes études, comment as-tu géré cela ?
Mon année de terminale était un peu galère mais j’ai au mon bac du premier coup. Ensuite, j’ai fait STAPS. Je suis actuellement en licence.
Ton premier match à Montpellier en pro, tu t’en rappelles ?
En 2009, juste avant mes 18 ans, contre Aurillac. Je rentre, il y a pénalty. On me le fait tirer. Je le rate. Par contre, après, je me rattrape et je marque mon premier but grâce à une très belle passe de Michaël Guigou.

Barcelone l’an passé, de quoi tu te rappelles ? Tu avais fait un très bon match ?

Lorsque l’équipe en face est plus forte, j’ai moins de pression car finalement, je n’ai rien à perdre. Je me pose moins de question. L’année dernière était une année particulière pour moi. J’ai eu une période de blessure. J’ai eu une ostéo-nécrose du sésamoïde antérieur. C’est un os en dessous du pied que j’ai beaucoup trop sollicité. A force de trop taper dessus, ça c’est usé et nécrosé. J’ai du m’arrêter. Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux.
Juste avant Barcelone, on joue à Tremblay. Je joue ailier. Je crois que je mets 7 buts et ça se passe bien. Michaël Guigou était blessé. Comme le match d’avant s’est bien passé, le coach me demande de faire le match contre Barcelone en tant que titulaire. J’avoue j’ai eu beaucoup de pression (plus que pour tous les autres matchs). Un de mes ami m’a dit « si tu réussis, c’est super, si tu rates, on dira que t’étais un peu jeune et c’est pour cette raison que tu n’as pas été bon ». Je me suis dit qu’il avait raison donc j’ai pas grand-chose à perdre sur ce match. Je met le premier but. Ca y’est on est dedans. Ambiance de folie à Bougnol. C’était énorme.

Aujourd’hui, tu es capitaine ?

Je m’y attendais pas. Les conditions sont particulières. Mais, j’ai compris que pour l’image du club, il fallait un jeune et je trouve cela plutôt bien que l’on mette un jeune joueur issu du club capitaine. Je suis bien conscient que l’idée est d’envoyer un message mais je trouve ca plutôt chouette. Il y a aujourd’hui de grands joueurs dans cette équipe. Le véritable capitaine, c’est Michael Guigou. Comme il est blessé actuellement, Patrice Canayer m’a demandé de faire la transition. Je suis bien encadré. Je ne suis pas seul. Je n’ai rien changé dans ma façon d’être. Je suis un joueur comme les autres. J’essaie d’être exemplaire. Je me donne à fond et j’encourage mes partenaires d’équipe.
Auparavant, je n’avais jamais été capitaine.

Gregory Anquetil disait que tu es un joueur plus intelligent que les autres. Qu’en penses-tu ?

(rires)

C’est un compliment que tu entends souvent ?
Ce n’est pas ce qui ressort le plus. On me dit souvent que j’ai des qualités physiques mais pas que je suis plus intelligent que les autres…Mais je suis content d’entendre ce compliment de la part de Grégory Anquetil. C’est plutôt sympa !


On dit de toi également que tu es « un  symbole du renouveau » mais on te présente aussi comme « le nouveau Nikola Karabatic » ? Qu’en penses-tu ?

Non, je ne suis en aucun cas Nikola Karabatic. Ce n’est pas que ça me déplait d’être comparé à lui. C’est flatteur. Mais chaque joueur est ce qu’il est. Lorsqu’on compare un joueur de basket à Michael Jordan, c’est flatteur.

Soyons clair, je n’ai pas fait ce que Karabatic a fait. A 19 ans, il gagnait la Ligue des Champions en mettant 10 buts dans une finale. Moi, pour l’instant, je viens d’avoir 21 ans et je n’ai jamais gagné la ligue des champions. Chacun son parcours. Il a déjà tout gagné. J’espère un jour faire aussi bien que lui. Je ne suis pas Nikola Karabatic. Je suis Mathieu Grébille.

Tu as des passions en dehors du handball ?

En dehors du sport, j’aime la musique, le dessin. Je ne suis pas un artiste encore (rires) mais j’aime bien ça. J’aime aussi la danse mais c’est un secret !

Quel genre de danse ? Le hip hop

Comment as-tu vécu l’affaire des paris sportifs ?
Ce n’est pas facile. Comme l’a dit notre manager, il y a un avant et un après 30 septembre. L’équipe a été bouleversée du jour au lendemain. Dans la vie du club, forcément ca a changé des choses. J’essaie de ne pas trop y penser ou d’en parler. Je trouve que l’on en parle déjà assez. J’essaie de me concentrer sur le terrain, de me donner à fond et j’essaie, par ce biais là, de donner une autre image du club.

L’idée, c’est de changer cette image ? Il y a eu des erreurs. Les médias ont « grossi » cette affaire. Pour ma part, je me concentre sur ce que j’ai à faire.

Comment tu essaies de tourner la page ?
Je ne change pas ma personne. Je sais d’où je viens. J’essaie de me battre sur le terrain au jour le jour et j’avance. Je donne le meilleur pour l’équipe et pour gagner.

Merci Mathieu. Bon courage pour la suite.
(Crédit photo : Antonin Grenier)